De Yanina, je sais qu’elle vient d’Argentine, qu’elle crée des bijoux et qu’elle parle très bien français. J’imagine qu’elle a appris le français à l’école, qu’elle est issue d’une famille originaire d’Europe comme beaucoup d’Argentins et que Paris était la ville de ses rêves. Des clichés ? Pas si sûr ! Rendez-vous est pris dans un café de l’Est parisien. Un soir de novembre, neigeux. Elle porte un manteau, à l’aspect d’un pelage d’ours, provenant de l’artisanat argentin, qui la protège à peine du froid parisien. Tranquille.

Une première question s’impose. Pourquoi Paris ? Et la réponse fuse. A cause de Godard. Bien évidemment ! En découvrant « Pierrot le fou » et « A bout de souffle », Yanina sait qu’elle ira à Paris. Elle aime tout de ces films, la gestuelle, la musicalité, la simplicité et l’impression de liberté qui s’en dégage, courir dans la rue… Quand elle arrive en France, en 1998, le Paris de Godard a disparu mais le Paris qu’elle découvre est tout de même Magique !

De la langue française, elle ne connaît que quelques mots. En Argentine, elle a étudié l’anglais. Elle est d’ailleurs là, pour apprendre le français. Ce qui la surprend le plus et l’enchante c’est le nombre de mots qui existent. A chaque idée, à chaque expression correspond un mot, contrairement à l’espagnol où le sens est fourni en usant de métaphores. Au début, elle s’exprime beaucoup par métaphores, jusqu’au jour où on lui fait remarquer qu’il existe un mot pour remplacer sa longue phrase !

L’histoire familiale est à l’image de l’Argentine, terre d’immigration : Une grand-mère italienne, un grand-père syrien qui a fui les persécutions contre les chrétiens au début du siècle dernier. Installés en Argentine, ils ouvrent LE magasin du village qui tient à la fois de mercerie, quincaillerie et de bazar. Le temps des vacances, la mercerie devient le terrain de jeu préféré de Yanina. Elle commence à trier les boutons. Fin du premier acte.

Une école de cinéma et des études d’arts plastiques plus tard, elle débarque donc à Paris pour apprendre le français et poursuivre ses études d’arts plastiques à Paris 8. Elle sera commissaire d’exposition d’art contemporain. Mais le master en poche et après quelques expositions organisées, elle éprouve le besoin de revenir à la matière, de faire par elle-même, de créer avec ses mains….

Hasard ou prémonition ? La mère d’un ami lui offre une boîte de boutons. Et Yanina recommence à trier les boutons. Pas tellement par couleurs mais surtout par matière. La matière, un terme souvent repris, variations des matières, choix des matières….

Elle en fait maintenant des bagues en série toujours limitée pour ne pas dire unique. Avec une attache très originale et adaptable à tous les doigts. Pour rester dans le rayon mercerie, elle trafique aussi des fermetures éclairs qu’elle transforme en tour de cou ou même en cravate. Quant au mètre de la couturière, elle en fait en un tour de main un superbe grand collier.

Explorer, transformer, détourner les objets de leur première fonction, les rendre polyvalents. Ce sont ses obsessions Quel intérêt d’avoir un foulard qui n’est que foulard, alors qu’il peut être tour à tour, gilet, cravate ou bandoulière ? Yanina a déjà répondu. Aucun.

Aurait-elle pu faire la même chose si elle était restée en Argentine ? Oui. Mais cela serait passé totalement inaperçu. Là-bas, faire avec ce que l’on a sous la main, fait partie de la culture. Détourner des objets anciens aussi.

Et quand elle aura fait le tour de la mercerie ? Et bien, elle aime bien aussi la quincaillerie. D’ailleurs, elle a commencé à transformer des filtres à café en petits sacs cadeaux. Toujours chercher et explorer.

Pour autant, elle n’oublie pas l’art contemporain. Elle pense aussi à revenir aux arts plastiques comme si elle n’était pas allée jusqu’au bout de ce qu’elle devait faire. Elle aimerait créer des passerelles entre art contemporain et création de bijoux. En fait, elle ne veut surtout pas se laisser enfermée dans quoi que ce soit. Pas étonnant, pour cette amoureuse des grands espaces argentins !!

 

 

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