La première de couverture ne laisse pas de doute : Dora Latiri est de retour. Avec ses mots et ses photos. Chronique urbaine ? Fresque sociale ? Livre de souvenirs d’hier mêlés aux émotions d’aujourd’hui ?… Tout cela et pas que cela. « Un amour de tn » est un portrait très personnel de la Tunisie. Comme vous n’en lirez nulle part ailleurs.

Pour tout dire, c’est la première fois qu’elle revient après la Révolution. Et elle est fébrile. Comme elle l’était du temps de Ben Ali. Bien obligée d’admettre que la nervosité ne tenait pas qu’à Ben Ali. Dans l’avion du retour, elle parle l’oriental, avec son voisin palestinien. Évoquant Mahmound Darwich, ses amours, ses peurs, son courage et la vie… Comme une mise en bouche ! 

Alors … Elle a commencé par la Goulette. Où elle a mangé des crevettes en lisant la presse de l’après Ben Ali. Elle est retournée au commissariat aux multiples vies. Est entrée dans la demeure avec le gardien et ses clés baladeuses. Montée sur la terrasse avec vue sur les mosquées, l’église et pas loin le temple… Le Tunis familier, resté figé comme idéalisé dans sa mémoire, se confronte au Tunis d’après la Révolution, fragile et vivant, partagé entre espoir et résignation. À l’image des marchés qui grouillent de vendeurs aux visages fermés ou aux sourires généreux !

On apprendra, au détour d’une phrase, le départ pour Paris, la promesse faite de ne jamais le revoir, la complicité de la mère et les coups de fouet du père, cinglant les jambes… Et le cousin qui n’osait demander le pourquoi de son absence. Des bribes de souvenirs refoulés, des épisodes de vie qui surgissent au gré des déambulations et des rencontres. Qu’elle laisse venir. Disponible. Attentive et avide. Elle perd ses lunettes. Mais que ne veut-elle voir ? Et les retrouve…

Les images disent ce que les mots taisent et montrent ce que les images cachent. Pour dire, elle emprunte l’arabe, l’anglais, le français. Parfois un simple sms suffit. Et puis il y a une voix qui lui rappelle celle de son père, les regards des hommes, lourd ou charmant, le sourire de la petite fille… mais aussi le salon de coiffure à la mauvaise réputation depuis Leila Ben Ali, les baigneuses voilées et les chameaux pour touristes… pas très nombreux en ces lendemains de Révolution. Un portrait par petites touches, comme ça vient, en mode « je » et l’appareil photo comme prolongement de son regard.

Dans ce livre totalement intime, complètement pudique, écrit sans détour, on soupçonne des blessures et on entraperçoit des regrets. On saisit des moments heureux et on entend la douleur lancinante de l’exil et du bannissement. Toujours absent mais omniprésent l’amour de tn l’accompagne. Un homme ou une ville ? Ou bien les deux étrangement entremêlés…

Un amour de tn. Carnet photographique d’un retour au pays natal après la Révolution.

De Dora Latiri. Collection éclats de vie. Aux éditions Elyzad.

Share: