Son répondeur vous le dit, en français, en anglais, en portugais et en espagnol. Elle vous rappellera dès que possible. C’est Rosi, ici, là-bas. Ni tout à fait ici, pas tout à fait là-bas. Elle dit : « Quand je suis à Paris, le Brésil me manque et au Brésil, Paris me semble loin ». Et par ce matin glacial et ensoleillé, elle ne manque pas de rappeler que de l’autre côté de l’Atlantique, c’est l’été ! Histoire de bien remettre les pendules à l’heure.

Nous nous sommes rencontrées à une expovente de créateurs éthiques et solidaires. Elle présentait une gamme de bijoux qui n’avait d’or que la couleur. Elle a proposé de me raconter l’histoire de l’Or Végétal, de ses Brésil(s), et puis… nous verrons !

Elle a commencé par l’or végétal, bien évidemment ! L’or végétal est une sorte de roseau, de couleur or, d’où son nom, qui pousse naturellement, n’est pas cultivable et qui vient de la région de Goiás, un état du centre-ouest du Brésil…..où Rosi a vécu toute son enfance. Elle a vu les paysans le travailler, en faire des nappes, des corbeilles, des sacs et des ustensiles dont ils avaient besoin pour leur quotidien. On lui a raconté l’histoire de ces communautés d’anciens esclaves qui, cachées dans les forêts, ont découvert l’or végétal et l’ont utilisé pour en faire des objets de première nécessité. Pendant de très longues années, c’est resté un matériau que la nature dans sa générosité avait donné à la région et à ses habitants qui l’utilisaient dans leur vie sans excès, naturellement !

Ne l’oublions pas, et Rosi le rappelle souvent, l’or végétal est une plante rare ! Les récoltes se font une fois l’an, en septembre, juste avant la saison des pluies. Et malheur, si les pluies déferlent avant les récoltes. Un peu comme la grêle sur la vigne avant les vendanges ou les orages sur les blés avant la moisson !

Depuis quelques années, les choses se sont organisées. La région a créé une sorte de réserve naturelle qui protège l’herbe dorée. Une chambre des métiers et de l’artisanat brésilienne, la SEBRAE, aide les paysans devenus des artisans à s’organiser et à travailler souvent en coopérative. Une façon de préserver le patrimoine culturel et économique de cette région.

Il y a un peu plus d’un an, Rosi est retournée au Brésil. Elle est partie avec des idées plein la tête et est revenue avec des sacs lourds d’objets en or végétal. Entre-temps, elle a rencontré des artisans d’une coopérative et décidé d’importer leurs produits, de faire connaître leur production et de travailler en partenariat.

Aujourd’hui ? Ici. Elle aimerait réaliser ses propres créations. Elle aime les matières brutes, ajouter d’autres matériaux. Mêler l’or végétal avec des graines, de la jute, du nacre, de l’argent et même du cuir de poisson. Oui ! Un poisson qui s’appelle Tilapia et dont le flanc fournit du cuir. Là-bas. Elle pense à créer des ateliers pour « fixer » ce patrimoine artisanal. Ce savoir transmis oralement de génération en génération.

Ce qui lui plaît, ce sont les échanges, les rencontres, les mélanges … Et puis, elle garde bien en tête que l’artisanat vient du peuple. Qu’il est possible de le valoriser en le transformant mais que, de toutes les façons, c’est le peuple qui doit se réapproprier la plus-value de cette transformation. Comme un juste retour des choses !

Se réapproprier les choses, se réapproprier son pays, faire un tour pour mieux revenir. On retrouve cette idée dans le parcours de Rosi.

De son histoire, elle évoque brièvement son « importation » en France à l’âge de 15 ans. Elle quitte ses grands-parents, ses tantes, sa petite ville et sa classe de seconde. Son Brésil comme un cocon, dit-elle. Pour rejoindre sa mère. Le débarquement à Paris est plutôt rude, en plein mois de novembre. Elle ne parle que le portugais et entre en 4è, en ne comprenant rien à rien. Mais la chance lui sourit sous la forme d’une copine d’origine portugaise qui lui apprend le français. De ce départ difficile, elle en tire une force, elle apprend l’espagnol, l’anglais …Mais aussi, elle se réapproprie son passé, son pays, sa culture. Un juste retour des choses ?

Demain ? Elle aimerait travailler avec d’autres artisans dans d’autres pays. Découvrir d’autres matériaux, les faire connaître, les passer d’un pays à l’autre, emmener des créateurs, là-bas au Brésil… Rencontres, échanges toujours !Et puis, elle rêve de parcourir « ses Brésils » en prenant les vieux trains pour les rencontres, être une sorte de reporter du quotidien…Déjà un peu là-bas..

Pour suivre toute son actualité  :http://www.mapapalocreations.blogspot.com/ 

Bijoux en or végétal. Tous droits réservés : Rosimaire De Araujo

 

 

 

 

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