Au moment où le monde entier a les yeux fixés sur la coupe du monde de football, Marie-Laure de Decker publie « Apartheid », et revient sur cette période de l’histoire de l’Afrique du Sud. Une occasion pour Reporters du Monde d’aller à sa rencontre. Nous avons rendez-vous dans un café parisien. Elle débarque de son village du Tarn. Sac en tissu mexicain sur l’épaule. Un faux air de baroudeuse. Un bandeau dans les cheveux qu’elle nouera et dénouera pendant tout l’entretien. Un regard intense, lumineux et précis.

Marie-Laure aime raconter, car raconter c’est témoigner. Comme la photo.Entre doutes et questionnements, combats et passions, elle est toujours dans cette recherche d’être au plus juste dans les mots, de ne pas se donner plus d’importance qu’il en faut mais de ne pas se minimiser non plus. Et quand le mot est juste… Elle a un sourire qui dit « Oui ! J’ai trouvé ». Comme dans la photo.

De ses débuts, elle dit…J’avais 20 ans à la création de Gamma… Dans les journaux je voyais les noms des photographes et celui qui était partout c’était Gilles Caron – un génie.Et moi, je voulais y être à Gamma… Je présentais des photos d’écrivains du temps du pop’art et à Gamma on m’a dit oui ça c’est intéressant mais quand ils mourront ! La seule solution, c’était de partir au Vietnam. L’actualité était là-bas ! En arrivant, le correspondant de Newsweek venait d’être tué… J’ai pris la place. En 1972, je rentrais à Gamma, j’y suis restée jusqu’à la fin.

De tous les pays en conflit, le Vietnam, le Tchad, l’Afrique du Sud et même la Bosnie….. Vos photos de guerre, c’est montrer le soldat avant ou après les combats, c’est montrer que la vie continue malgré tout…Oui, les hommes font la guerre… mais à côté il y la vie. La guerre fait partie de la vie. J’ai horreur de la guerre mais malgré tout il y a une beauté. Je trouve horrible de voir du sang, des cadavres… Qu’est-ce que ça apporte, comment on peut regarder la photo après. Moi je ne peux pas…Mais je ne dis pas qu’il ne faut pas photographier le sang.

Dès le départ, je me suis mis deux règles à ne pas transgresser : Ne jamais photographier du sang, ni des femmes nues. Je veux faire des photos de douceur. Il faut penser au destin de la photo…ce qu’on va en faire après, quand elle ne sera plus à moi. Les commentaires qui peuvent en changer leur sens. Déjà, de ne pas faire des photos de sang ça limite les risques.

Comment travailliez-vous en Afrique du Sud ? … Aviez-vous peur ?

Si j’avais peur ? Mais oui ! Bien sûr ! C’était dangereux ! Très dangereux !

J’étais toujours avec une veste marron, s’habiller en brun, surtout ne jamais mettre du kaki vert clair. J’étais une fille, ça se voyait, toujours en jupe, jamais en pantalon. Avec un petit Leica. J’ai toujours utilisé un petit appareil. Pas de risque de vol…ce n’est pas dangereux quelqu’un qui filme avec presque un appareil en plastique. Puis, il faut toujours être très gentil avec les gens, les écouter. Quand il allait y avoir du grabuge…on me disait de partir… et là il faut vraiment partir, il faut les écouter.

Du plaisir de prendre la photo aux surprises du développement !

Il faut photographier rapidement, saisir l’instant…Les gens sont intrigués, très sympathiques… Il faut faire un choix très vite. J’ai toujours travaillé avec de « l’argentique » pour justement le laps de temps entre le moment où vous avez fait la photo et le tirage. Parfois, vous avez oublié la photo. C’est magique ! Le plus grand plaisir c’est de faire les photos…Avec les nouveaux appareils, vous prenez une photo, ensuite vous regardez ce que vous avez photographié…Mais pendant ce temps, il y a toujours des photos à prendre…et vous ne les prenez pas ! 

Et maintenant ? Je veux retourner voir les Woodabés…ils m’attendent !

Marie-Laure de Decker a rencontré les Woodabés, peuple nomade, qui vit aux confins du Tchad, dans les années 75. Elle ne se lasse pas de raconter leur mode de vie, leurs traditions et leurs combats pour la survie. C’est aussi devenu son combat.

Source/ Photos : Apartheid de Marie-Laure de Decker aux Editions Democratic book.

 

 

 

Share: