Quand deux écrivains se rencontrent, bien évidemment  ils se racontent des histoires d’écrivains ! Ce mercredi à la Maison de la poésie, Gonçalo M.Tavarez et Mathias Enard n’ont pas dérogé à la règle en dévoilant, anecdotes et petits secrets de fabrication lors d’une conversation sérieuse et drôle à la fois. 

Gonçalo M.Tavarez, écrivain portugais, né en Angola est professeur de littérature à Lisbonne et l’auteur de nombreux romans aux titres joyeusement déjantés. Parmi eux,  Monsieur Swedenborg et les investigations géométriques ou  Apprendre à prier à l’ère de la technique suscitent chez Mathias Enard autant d’admiration que de regrets de ne pas les avoir lui-même inventés. Dans son dernier livre Matteo a perdu son emploi,  Gonçalo M.Tavarez raconte les aventures extravagantes de vingt-six personnages dont les destins sont liés comme dans un jeu de domino, la chute d’une pièce entraînant celle de la suivante.

De Mathias Enard, on sait qu’il connaît très bien le Moyen-Orient qu’ il a longtemps parcouru, y faisant de nombreux séjours. Polyglotte, il parle le persan et l’arabe, arabe qu’il a enseigné à Barcelone. Il a écrit de nombreux romans, dont Zone, Rue des voleurs et Boussole qui a reçu le prix Goncourt en 2015. Dernière communication à la société proustienne de Barcelone , vient de paraître chez Inculte, brefs récits de ses pérégrinations dans le monde, géographique et littéraire, entre carnet de voyages et journal intime. 

Comment débutent-ils un livre ? Première surprise, alors que Gonçalo ne veut pas l’ombre du début d’une idée en se mettant au travail, au risque de se voir déguerpir illico, Mathias Enard commence d’abord par écrire … la conclusion ! Est ce de la prudence ? Veut-il en voir le bout avant de commencer ?  On ne le saura pas. 

Ensuite ? Gonçalo est un impulsif et un spontané. Il écrit sans plan, sans savoir jusqu’où l’écriture le mènera. Vite. Mais il ne faut pas croire pour autant que vous lirez rapidement son livre. Non. Celui-ci est remisé au fond d’un tiroir. Pour maturation. Et peut attendre, des jours, des semaines voire même des années avant qu’il ne le ressorte. Entre temps, Gonçalo a travaillé sur d’autres livres. A tout oublié du précédent. Alors il reprend le travail comme s’il le découvrait. Il coupe, structure, suivant une logique bien précise et très réfléchie. En complète contradiction avec la première phase d’écriture. Il réitère cette opération autant de fois qu’il le faut jusqu’à ce que plus rien ne le heurte dans sa lecture. Alors seulement, le livre peut être envoyé à son éditeur. Au final une construction à l’architecture complexe et sophistiquée… sans aucun plan. Au grand étonnement de Mathias Enard qui n’imagine pas que de tels livres puissent être écrits sans trame serrée ! Lui-même considère le plan comme un préalable. Pour Boussole, livre particulièrement riche en personnages et en voyages, il a travaillé sur une carte avec pour chaque personnage un post-it. Chaque jour, il actualisait la carte et préparait l’écriture du jour. Malgré tout, dans ce cadre qui semble laisser peu de place à l’improvisation Mathias Enard a souvent dû changer de conclusion. Comme quoi avoir la fin en ligne de mire n’empêche pas quelques bifurcations.

Dans Dernière communication à la société proustienne de Barcelone  c’est à une toute autre forme d’écriture que Mathias Enard se confronte. Là, pas de plan. Pendant deux décennies, en marge de ses voyages et de ses livres, il a rempli des carnets d’ impressions et de réflexions, saisissant des instants. Des sortes de brèves qu’il relit très souvent et dont il supprime des passages tout aussi souvent. Jusqu’au jour où son éditeur a du faire preuve d’autorité : Stop, maintenant on publie avant qu’il ne reste plus rien.

Décidément, s’il fallait trouver un point commun entre ces deux auteurs, ça serait peut-être de les éloigner de la corbeille !

Les livres de Gonçalo M.Tavarez sont parus  aux éditions Viviane Hamy . Traduits par Dominique Nédelec. Excepté Jérusalem dont la traduction est de Marie-Hélène Piwnik.

Les romans de Mathias Enard sont parus aux éditions Actes Sud.. Dernière communication à la société proustienne de Barcelone est édité chez Inculte.

 

 

 

 


 

 

 

 

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