miskéDans «N’appartenir» Karim Miské, l’auteur d’Arab Jazz, revient sur ses débuts dans la vie.Une enfance atypique vécue dans l’effervescence militante des années 70 et une adolescence nourrie par une intense réflexion sur la difficulté de se forger une identité. Un texte porté par une colère salvatrice et un humour à fleur de peau.

Son père est un diplomate musulman mauritanien, engagé dans les mouvements indépendantistes et dans la lutte contre l’esclavagisme. Sa mère est Française athée féministe communiste, engagée dans le mouvement tiers-mondiste. Nous sommes dans les années 60 aux engagements politiques qui promettent avenir radieux et rapprochement des peuples… 

Mais il y a des limites tout de même ! A 9 ans il est confronté au racisme ordinaire. Un choc d’autant plus violent et imparable qu’il vient de son grand-père. Il prend conscience non seulement qu’il a «une tête d’arabe» mais surtout que cela pose problème !

Quelques années plus tard, sous d’autres cieux, sa grand-mère mauritanienne ne trouvera rien à redire à sa couleur de peau mais par contre estimera qu’il est un peu trop blanc… à l’intérieur. Et sous la tente, il découvrira que l’esclavage est une réalité bien ordinaire.

Les années 70 passent par Tirana et son dictateur Enver Hoxha. Autres réalités … A travers les vitres des voitures officielles se profile un Tirana qui semble bien loin des discours tant entendus. Pourquoi le chauffeur n’a plus d’ongles ? Comment se fait-il que les serveurs de l’hôtel fument des Marlboro, pur produit du capitalisme?

Comment s’y retrouver ? Comment ne pas envier le petit garçon blanc catholique du CM2 qui à ses yeux ne peut avoir de souci d’identité ? Mais aussi, comment faire avec ce petit Algérien qui est perçu à la fois comme un  étranger à éviter dans la cour de récréation, et comme une victime du colonialisme français à la maison ?

Heureusement la littérature est là. Hannah Arendt et Jean-Paul Sartre, le Marlowe de Chandler et le Tarpon de Manchette… ne seront pas de trop pour le sortir des ténèbres. Karim Miské n’esquive aucune problématique ni sujet clivant. Il fait la part belle à tous les questionnements, réflexions et … colères ! Et ne laisse pas de place à de quelconque jugement. Alors, la littérature comme planche de salut ? En tout cas, tout un monde de pensées où Karim Miské y a trouvé sa place.

Karim Miské est l’auteur d’Arab Jazz. Un roman policier, remarqué par les critiques, plébiscité par le public qui raconte la vie dans un quartier cosmopolite de Paris. Documentariste, il a réalisé de très nombreux documentaires, dont le dernier la série Juifs et Musulmans : si loin, si proche a été particulièrement remarqué.

‘appartenir de Karim Miské aux éditions  Viviane Hamy

 

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