marquisesMerci Brel, Gauguin et Melville grâce à qui les Marquises ne nous sont pas totalement inconnues. Blaise Hofmann ne débarque pas de nulle part. Tout un hiver, il a parcouru les six îles habitées de cet archipel de Polynésie. Et une déserte. En rentrant, il n’a rien trouvé de mieux que d’écrire un livre. Où il malmène quelques idées reçues, égratigne quelques susceptibilités, revient sur l’Histoire méconnue des Marquises et remercie chaleureusement les Marquisiens pour leur hospitalité. Un livre tout en contraste et nuance.

Le voyage avait très bien commencé avec au programme la première édition du festival des arts Marquisiens sur l’île Ua Huka. Comme tout événement aux Marquises, celui-ci débute avec la messe, se poursuit avec les rituels païens et se termine copieusement arrosé au Brennivin. Un moment typiquement marquisien et très populaire que l’auteur rapporte sur son blog, avec ses photos et ses mots. Mais des mots qui prennent un tout autre sens pour les Marquisiens. Hommage ou bien condescendance amusée pour un peuple et sa culture ? En filigrane surgit le questionnement de la place du voyageur, a fortiori quand il raconte et publie. Dilemme que l’auteur résoudra en écrivant « Je continuerai à suivre, pour unique règle, la fidélité au ressenti. » en ajoutant : « Je vous sens désormais en permanence sur mon épaule, je vous entends soupirer, tiquer, vous énerver. » Le lecteur est averti.

Que connaissons-nous des Marquises, cet archipel aux antipodes de l’Europe ? On abandonnera les colliers de fleurs, les grandes plages de sables et les coraux à perte de vue aux prospectus touristiques. On apprendra, que la langue marquisienne est enseignée de nouveau depuis 1985, alors que le gouvernement français voulait imposer le tahitien à toute la Polynésie. Que ce peuple a failli disparaître dans les années 1930, en raison de la tuberculose, l’alcool et la variole. Que les habitants, pour certains, sont des descendants de Français qui, trop pauvre et en contrepartie de la promesse d’un lopin de terre à débroussailler, ont débarqué ici. Parfois tout un village s’appelle Fournier. Aujourd’hui, ce sont des lieux à la végétation très luxuriante, à la flore riche et variée, des îles volcaniques et des plages aussi, parfois privatisées, au grand dam de l’auteur. Des Marquisiens… les enfants émigrent et reviennent pour les vacances, les femmes travaillent dans les administrations, mais ce qui ne leur donne pas pour autant le pouvoir à la maison. Et les hommes pêchent, chassent et travaillent dans le privé. Des maisons toujours ouvertes, au confort succinct, parce que ce n’est pas la préoccupation. Un accueil facile en apparence, une hospitalité généreuse pour le voyageur. Quant à être adopté, ça c’est autre chose ! Parole d’émigré.

Blaise Hofmann sait qu’il est un étranger qui passe. Mais peu importe, les rencontres sont au rendez-vous. Tour à tour, bousculé, méditatif, ironique, emballé, il est authentiquement curieux, naturellement empathique, critique et généreux. Dans ce livre, où s’entremêlent textes d’histoires, légendes, romans d’aventuriers, correspondances de colons mais aussi presse d’aujourd’hui et infos via les réseaux sociaux, l’auteur laisse à voir des îles résolument ancrées dans le quotidien d’aujourd’hui tout en n’oubliant pas leur histoire et leur culture. Des îles tout simplement bien vivantes ! Et un livre qui ne l’est pas moins.

Marquises. Blaise Hofmann Aux éditions Zoé.

Blaise Hofmann est un journaliste et un écrivain suisse, auteur notamment de « Estive », Prix Nicolas Bouvier 2008 au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, qui relatait le quotidien d’un moutonnier.

 

 

 

 

 

 

 

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