Une réflexion douce-amère sur la vie, une chronique sociale et politique, le récit d’une amitié improbable…Le premier roman de Tendai Huchu c’est tout cela, mais pas seulement ! Avec un brin d’humour, un zeste de fatalisme, un pragmatisme à toute épreuve, il raconte la vie chaotique à Harare, la capitale du Zimbabwe.

Dans le salon de coiffure de Madame Khumalo, entre bigoudis et papouilles, les commérages vont bon train, les confidences s’attardent, toujours les mêmes. Un mari volage, la famille, le travail et la situation économique. Un concentré de souffrances et de bonheurs… C’est la vie !

Vimbai est la meilleure coiffeuse. Son secret ? Une cliente doit avoir la sensation d’être Blanche en quittant le salon. La blancheur étant, tout simplement, un état d’esprit ! Une formule qui fait un tabac, lui assurant le plus gros salaire du salon et le sentiment d’être intouchable. Mais le vent tourne lorsqu’un nouveau coiffeur, Dumisani est engagé. Il est talentueux. Les clientes ne jurent plus que par lui. Son secret ? Une cliente doit repartir en se sentant femme tout simplement !

Vimbai est fascinée. Jalouse aussi, face à cette situation inédite. Elle connaît les codes des rivalités féminines. Mais là, elle reste désemparée face à cet homme qui prend sa place, avec un naturel et une gentillesse inhabituels. Ayant besoin d’argent, elle lui propose de l’héberger. Dumi s’installe, prend plaisir à s’occuper de sa fille, la présente à sa riche famille… Comme dans un conte de fées ? Il semble ravi de cette situation où il trouve son compte, mais qui laisse Vimbai dans l’expectative et l’incompréhension. Leur relation ne ressemblant en rien à la « normalité », ni à ce qu’on lui a inculqué, et oublions ce que peut en dire l’église ! Qui est Dumi ? Que doit-elle penser ?

Parallèlement à cette histoire racontée au féminin, l’auteur montre un pays où les plus riches côtoient les plus pauvres. Les uns sans scrupules, les autres résignés. Un pays au passé colonial encore très présent. Où les anciens quartiers résidentiels anglais sont devenus ceux des nouveaux riches noirs, aux fortunes acquises avec moult pots-de-vin. Un pays, dans une situation économique catastrophique, à l’inflation galopante, où le moindre achat nécessite des liasses de billets toujours plus épaisses. Où les approvisionnements sont aléatoires. A cela s’ajoute un contexte politique autocratique, une administration gangrenée par la corruption à tous les niveaux, un pays où les « vétérans », les milices de Mugabe font régner la terreur.

Tendai Huchu aborde, également, à travers le personnage de Dumi, la difficulté d’être homosexuel en Afrique et particulièrement au Zimbabwe.

Le meilleur coiffeur de Harare  mêle allègrement gravité et humour, légèreté et tristesse. Tendai Huchu écrit là un premier roman subtilement percutant !

Ce que l’on sait de Tendai Huchu : Il est né à Bindura au Zimbabwe en 1982. Il a étudié à Harare et vit désormais à Édimbourg en Écosse. La passion de la littérature lui est principalement venue en lisant les auteurs russes du XIXème siècle. Le meilleur coiffeur de Harare est d’abord paru au Zimbabwe, puis en Allemagne et en Angleterre.

Traduit de l’anglais par Odile Ferrard.

Paru dans la collection écrits d’ailleurs aux éditions Zoé.

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