Maud Villaret, styliste aux créations chamarrées, vit entre le Mali, le Burkina Faso et Paris. Elle répond aux questions de Reporters du Monde et nous offre sa vision de l’Afrique.

Quelle a été votre première impression lorsque vous êtes arrivée en Afrique ? Je me sens chez moi. Il fait 40° et je suis comme à la maison.

Quel est votre plus beau souvenir et le moins sympa ? Mon plus beau souvenir n’est pas un souvenir ce sont des sensations, les éclats de rire des enfants, les couchers de soleil en pleine nature. C’est aussi un voyage en pirogue sur le Niger. On n’arrêtait pas de s’enliser, on poussait le bateau et plouf ! Mon sac tombe à l’eau, avec bien sur tous mes papiers. Et il y avait des poissons qui sautaient tout autour de nous et dans la pirogue. C’était complètement loufoque.Et mon souvenir le moins sympa lorsque je tombe malade car je ne sais jamais ce que j’attrape !!!.

Votre souvenir le plus gag ? Voir une montagne de poulets sur une mobylette qui avance toute seule. En fait, le conducteur est caché par les poulets. Il y a en tellement qu’on ne peut les compter. Tête en bas, ils ne bougent pas. Au début je croyais qu’ils étaient morts. J’ai appris à mes dépens que la « viande » est transportée vivante pour des raisons de conservation ! Pas mal aussi les taxis collectifs, comme il n’y a pas de transports en commun, tout le monde les prend et quand je dis tout le monde ce n’est pas une image. On voyage souvent une fesse dehors, une fesse dedans et l’on n’arrive pas à fermer la porte alors on la tient. De plus, pour ne pas dépenser trop de carburant, ils ne s’arrêtent pas aux feux et les voitures sont dans un tel état, que, la nuit, il arrive qu’elles n’aient pas de phares et qu’ils roulent en warning ! C’est ça l’Afrique.

Le paysage qui vous a le plus ému ? La première fois que je suis sortie de l’aéroport de Bamako, j’ai vu des champs de sacs plastique noirs qui flottaient au vent, s’accrochaient aux branches des arbres, une vraie désolation. Et je me suis dit, « ce n’est pas ça que je suis venue chercher à Bamako ». Je me suis retrouvée face à une réalité que je n’avais pas envie de voir.

Les personnes qui vous ont touchées ? Il y en a beaucoup. En Afrique, les gens n’ont rien et ils sont super généreux, toujours prêts à vous aider. Ça c’est le côté merveilleux. Le moins merveilleux, ce sont les enfants en guenilles qui mendient en ville, Leur donner quelque chose c’est favoriser la mendicité et ne rien leur donner est un crève- cœur, alors je donne plutôt de la nourriture quand j’en ai.

Quel est votre plat préféré ? Les mangues ! J’adore les mangues et aussi les ananas qui proviennent du Togo et qu’on appelle « pains de sucre ». À chair blanche, ils sont longs, effilés et si parfumés.

La couleur qui prédomine ? C’est le bleu du ciel, un bleu assez profond, incomparable. Il n’y a qu’en Afrique que le ciel a ce bleu la. Mais c’est aussi le rouge à cause du sable et de la terre. À propos de couleur, au début de mes créations j’avais quelques surprises désagréables lorsque je venais chercher une commande et qu’il y avait du rose à la place de l’orange et du rouge à la place du rose. Car souvent dans les dialectes plusieurs couleurs sont désignées par un même mot.

Quels sont les traits de caractère spécifique des Maliens et des Burkinabés ? Ce sont des gens sympathiques, accueillants, chaleureux et drôles. Les femmes ont du caractère, ce sont elles qui mènent la barque. Et pardessus tout, ils sont cool, ils prennent le temps de vivre. Parfois ils le prennent un peu trop pour moi qui ne peux rester longtemps sur place et qui attend mes commandes. Maintenant j’ai compris, lorsque je veux un travail pour le vendredi, je le demande pour le mardi. Et je l’ai parfois… le vendredi.

Que peut-on leur envier ? Leur joie de vivre

Ce qu’on leur laisse. Les moustiques.

Qui est Maud Villaret ? Maud est styliste mode et maison, pour sa marque, Toubab Paris, www.toubabparis.com. Sensible au développement durable elle n’utilise que des chutes de tissus et des matériaux de récup. Elle pratique le commerce de manière la plus éthique possible avec des artisans au Burkina ou une association Kologh Naba. En France, elle travaille en partenariat avec une autre association de femmes, Caravansérail Développement, qui emploie des femmes immigrées en difficulté www.caravanserail-dev.org. Elle est aussi présidente d’Ecotribu, http://ecotribu.wordpress.com, une plateforme de créatifs qui mutualisent leurs compétences afin de créer des échanges artistiques et culturels sous le signe de la solidarité. « Le chacun pour soi ne m’intéresse pas ». On avait cru comprendre, mais c’est plus clair en le disant.

Propos recueillis par B.T

Crédit photo Maud Vilaret

 

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