Après le prometteur « 39, rue de Berne », Max Lobe signe avec La Trinité bantoue un deuxième livre au réalisme redoutable où la drôlerie ne cède en rien au tragique. Le ton surprend. Il est aussi léger que les sujets sont graves. Haut en couleurs et tout en énergie. De l’énergie, Mwana n’en manque pas. Et il lui en faut pour accueillir les galères successives ! Jeune émigré du Bantouland, il vient de perdre son travail. Il vendait de la contrefaçon au noir. Un bon plan pour se loger, se payer des Louboutins, entretenir son compagnon Blanc et Helvète, mais très mauvais plan pour toucher des allocations de chômage.

Alors bonjour les Colis du Cœur. Un malheur n’arrivant jamais seul, sa mère débarque en Helvétie pour soigner un cancer de la gorge en phase terminale… Pourtant une maladie de Blanc ! Dans le même temps, des élections se profilent prétexte à une campagne raciste. Le mouton noir, autrement dit le travailleur immigré, y est clairement désigné comme le premier profiteur des aides sociales. C’est dans ce contexte que Mwana envoie des CV et décroche un stage dans le parti défenseur des moutons noirs.

Dans cette chronique où vie intime, sociale et politique sont entremêlées, Max Lobe nous montre une Suisse bien loin de la Suisse du secret bancaire. Un pays aux multiples langues, au français mâtiné de « bantounais » ou à l’italien ponctué de français… Une terre d’immigration où chacun s’arrange avec les difficultés de la vie. Comme il peut. On y trouve des personnages aux caractères bien trempés telle Kosambela, la sœur de Mwana, garante de la continuité de la culture bantoue en terre helvète… moyennant quelques petits arrangements avec l’orthodoxie ou Madame Bauer, ardente défenseur de la cause des immigrés… devant les caméras de télévision !

Intéressante aussi la place du narrateur. Compagnon d’un Helvète pur souche, il a la place inconfortable de celui qui n’est plus tout à fait Bantounais et qui ne sera jamais tout à fait Helvète. Grand écart garanti ? En tout cas, c’est un excellent poste d’observation mais aussi le réceptacle idéal de toutes les ondes de chocs. Son ami blanc helvète se rebelle à l’idée de faire un dossier d’aide sociale…. il ne veut pas demander « un petit gombo » à sa riche famille, ni travailler ? Alors Mwana s’y colle. Émigré un jour, émigré toujours ? Dans cet hôpital où sa mère se meurt, sa famille se manifeste avec des cris et des pleurs comme au Bantouland. Mais tous ces cris ne sont-ils pas incongrus dans ce froid hôpital ? Mwana semble bien être le seul à ressentir un certain malaise…

Sensible, réaliste, doté d’un optimisme à toute épreuve, La Trinité bantoue n’esquive aucun tabou, tord le cou aux idées reçues, se rit des préjugés. Un livre tout en émotions où les pleurs et les rires ne sont jamais bien loin. Après tout on peut rire aux larmes ou pleurer de rire.

La Trinité bantoue de Max Lobe aux éditions Zoé. 

Max Lobe est né à Douala en 1986 et est arrivé en Suisse à 18 ans. A Lugano, il suit des études de Communication et journalisme et obtient un Master en Politique et Administration publique. Il vit aujourd’hui à Genève. Il a reçu le Prix du Roman des Romands (correspondant au Goncourt des lycéens) pour 39, rue de Berne aux éditions Zoé. Il publie régulièrement des nouvelles sur son blog Les cahiers bantous.

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