Dans son premier roman, Karim Miské nous entraîne dans ce Paris cosmopolite du 19e arrondissement, entre le Parc de la Villette et la station Jaurès où toutes les communautés, religieuses et ethniques vivent au quotidien. Et c’est peu dire qu’il y a du monde ! S’y côtoient hassidiques marocains, salafistes, crypto-loubavitch, intégristes musulmans et juifs laïcs … Le groupe des copines qui ont pour frères les caïds du quartier. La bande de copains d’école.

Ils se retrouvent au Sushis casher, kébabs, restaurant turc, …et chez le coiffeur ! Tout ce petit monde a parfois grandi ensemble, vit, travaille, s’amuse en se jouant des différences, et de l’histoire de chacun, sans pour autant les occulter.

Et puis il y a Ahmed Taroudant. Grand lecteur de polars. Il les achète au kilo chez le libraire, un vieil anarchiste arménien. Prisonnier d’une histoire personnelle traumatisante il vit en solitaire, à l’écart du monde. Une façon aussi de se protéger de tous les illuminés du quartier. En découvrant sa voisine assassinée, il va très vite comprendre qu’il a toutes les qualités d’un coupable idéal !

Mais c’est compter sans le duo atypique de policiers que forment Rachel Kupfurstein, une jeune femme juive Ashkénaze qui a grandi dans le quartier et Jean Hamelot, le fils d’un communiste breton, exilé à Paris mais toujours un peu à l’ouest, qui n’apprécient pas vraiment les pistes trop évidentes ….. Alors qui a tué Laura, cette femme indépendante, discrète et appréciée dans le quartier ? Un fou de Dieu issu des communautés loubavitch ou salafiste ? Quid de la famille de Laura, membre des Témoins de Jéhovah qui gravite aussi à New-York ? Est-ce une coïncidence l’apparition d’une nouvelle drogue dans le quartier ? A voir !

Impossible de ne pas penser à Fred Vargas et à son commissaire emblématique Adamsberg dans les premières pages d’Arab Jazz, en particulier dans la manière d’aborder l’enquête, à la fois nonchalante, rigoureuse et décalée. La construction des personnages n’échappe pas à la comparaison mais Karim Miské y ajoute de la gourmandise et de la jubilation. Il en fait des personnages attachants, très vivants, à la fois fragiles et forts, hésitants et déterminés. Il nous peint avec justesse les rapports conflictuels entre les hommes-femmes tiraillés entre traditions familiales et culturelles fortes et les réalités de la vie d’ici, la montée des extrémismes et des communautarismes… Une vie qu’il faut sans cesse ajuster. Et ce n’est pas la moindre des qualités d’Arab Jazz d’être complètement ancré dans la réalité sociale et politique d’aujourd’hui.

Dans un dénouement aussi époustouflant que surprenant, Karim Miské fait preuve d’un souffle étonnant ….et semble presque regretter d’écrire la dernière page. Après tout, il était bien parti ! En tout cas toutes les portes sont restées ouvertes….Si d’aventure lui venait l’envie d’écrire une suite….

Avec Arab Jazz, Karim Miské fait une entrée remarquée dans le monde du polar. Jusqu’ici connu comme documentariste, il a travaillé sur les néo-fondamentalistes juifs, chrétiens et musulmans. Après les images, il passe aux mots. Et c’est réussi !

Arab Jazz. De Karim Miské

Edition Viviane Hamy.

© : Antoine Rozès

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