Qu’elle soit financière ou économique, la crise est partout, à la une et dans la rue. Mais là où certains ne voient que des chiffres, Marcus Malte lui, n’entend que des cris. Deux nouvelles étourdissantes pour nous les faire entendre !

Dans la première nouvelle qui donne le titre au livre, Fannie se prépare en ne laissant rien au hasard. Même la mèche de cheveux, qui cache son œil fixe, est ajustée au plus près, l’inclinaison de sa tête calculée. Une préparation minutieuse pour un rendez-vous … à ne pas rater. Le trajet minutieusement minuté et l’arrivée au 6è niveau d’un parking glauque et précisément situé au 45 Wall Street le confirment. Rendez-vous il y a… mais plutôt version guet-apens.

C’est dans un Bethlehen fantôme que Fannie amène Freddie. Le déclin de cette ville de Pennsylvanie a commencé avec la faillite des aciéries au début des années 2000 et s’est poursuivi avec la crise des subprimes de 2008. Catastrophe ultime pour ceux qui ont cru aux mirages de la propriété et se sont retrouvés incapables de rembourser les rois des prêts hypothécaires… que sont Fannie Mae et Freddie Mac. Le père de Fannie était de ceux-là et Freddie travaille chez Fannie Mae. Le décor est planté. La nuit peut commencer. Fannie en maîtresse de cérémonie, à la fois diabolique, déterminée, et désespérée. Freddie, comme otage d’une vengeance dont il peine à saisir tous les tenants et aboutissants, passant de la stupéfaction à la peur ou à l’incompréhension. Chacun joue sa vie dans une partition menée de main de maître, toujours sur un fil, tendu vers une fin qu’on imagine très mal, heureuse.

Autre lieu, autre ton. « Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas » nous emmène à La Seyne-sur-Mer que connaît bien Marcus Malte puisqu’il y a grandi. Une ville portuaire au passé ouvrier toujours très prégnant dans le paysage urbain. C’est dans cette ville que vit Ingmar Pehrsson. Policier, parce que 27 ans plus tôt son ami a été retrouvé mort sur une plage déserte et que son assassin n’a jamais été retrouvé. Depuis il traîne sa carcasse sous la pluie ou le soleil, de la plage au commissariat, trimbalant un mal être incommensurable et une culpabilité abyssale. Une déambulation dans une ville où tout rappelle, ce qu’était hier et ce qu’est aujourd’hui. Teintée de nostalgie et chargée de questions. Que sont devenus les ouvriers d’hier ? où sont les ouvriers d’aujourd’hui ? Mais il ne tombe pas pour autant dans le « c’était mieux avant » Surtout pas.

En deux courtes nouvelles, Marcus Malte, cet auteur abonné aux histoires un rien décalées et aux personnages un brin déjantés, signe là des histoires de plein pied dans l’actualité. En choisissant son camp. Définitivement du côté des laissés pour compte. En passant, il n’oublie pas de nous faire une magistrale leçon d’économie !

Fannie et Freddie. Marcus Malte. Suivi de Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas. Aux éditions Zulma.

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