Où Noël n’est pas toujours une joyeuse fête familiale où tout le monde s’aime les uns les autres… Désolée, pour ça, il faudra repasser. Là, ce serait plutôt règlement de compte garanti, avec des gants… mais pas des gants de boxe. Esprit d’hiver raconte une confrontation mère-fille dans leur douillet cocon familial devenu, le temps d’un jour de Noël, un huis-clos glacial.

Laura Kasischke n’a pas son pareil pour déceler les failles sous le vernis de la middle-class typique des banlieues américaines. Elle en a même fait son domaine de prédilection. Elle excelle à transformer une vie en apparence banale en un champ miné de bombes à retardement.

Dès les premières lignes, Esprit d’hiver ne laisse guère de doute. L’atmosphère est plombée. D’abord Holly se réveille en retard, avec cette pensée menaçante Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux... Une pensée qui, certes, n’est pas nouvelle mais qui ce matin s’incruste. Comme un mauvais présage ? Comme si elle était arrivée au bout ? Au bout de quoi ? Tandis que son mari parti chercher ses parents, doit hospitaliser sa mère malade, les invités vont tour à tour abdiquer face à une tempête de neige sans précédent, laissant le champ libre à la confrontation entre la mère et sa fille.

Dans une atmosphère de plus en plus oppressante, vont s’entremêler passé et présent. Un passé qu’Holly a toujours voulu effacer, qu’elle a refoulé à grands renforts de stratagèmes aussi incongrus… qu’efficaces, tout du moins pendant un temps. Il lui était « Impossible dorénavant de revenir aux portes qui claquent et au déni ». Lui reviennent des images. L’orphelinat en Sibérie, où ils étaient allés chercher leur fille, et ce qu’elle avait vu derrière cette porte, qu’elle ne devait pas ouvrir. Sa difficile relation avec sa mère, elle avait été envahie par sa mère. Et maintenant sa fille, au tempérament mystérieux, qui oscille entre cris, pleurs, colères, faisant souffler le chaud et le froid. Sa fille, qu’elle ne reconnaît pas. Qui lui semble étrangère. Comme une étrangeté. La laissant désemparée, submergée par la résurgence de toutes ses obsessions.

Dans Esprit d’hiver, Laura Kasischke ne s’est pas embarrassée de détails superflus. Un seul jour, un même lieu. Aucune échappatoire possible pour ses personnages ni pour les lecteurs. Elle ferre ses personnages comme elle ferre ses lecteurs. Le récit d’une dislocation inéluctable. Où il est question de transmission, d’héritage, d’identité…

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Aurélie Tronchet. Aux éditions Christian Bourgois

Share: