Une histoire de dérives aux apparences trompeuses ! Le calme de la couverture nous égare, les premières lignes nous rattrapent. Dans ce premier roman, prix Médicis du roman étranger 2013, Toine Heijmans tient fermement la barre d’un huis-clos père-fille où la tension va monter crescendo. Tranquillement implacable.

Trois mois durant, Donald a sillonné la mer du Nord sur son petit voilier rouge, prudemment appelé Ismaël, du nom du personnage qui survit à tout dans Moby Dick.

Parti pour un congé sabbatique bienvenu dans une vie qui, à ses yeux, manquait de panache, il a cherché à retrouver un peu de sérénité dans la solitude mais surtout à se prouver à lui-même qu’il était capable de prendre en main sa vie « qu’on n’a pas besoin d’être une marionnette si on ne le souhaite pas ». Pour la dernière étape de son voyage, sa fille Maria le rejoint. Une petite fille de 7 ans qui, tour à tour, joue avec ses poupées Barbie, manœuvre le bateau, assure les quarts… Des retrouvailles quelque peu artificielles, presque stéréotypées, quasi parfaites. Sauf que Donald apparaît de plus en plus tourmenté. Perdant pied. La tempête se profile, il ignore les conseils des gardes-côtes de se mettre à l’abri, contrôle à tout va, vérifie l’invérifiable… Jusqu’à cette nuit où, au cœur de la tempête, il ne retrouve plus sa fille.

Là, le récit bascule. Tempêtes plus, plus ! Et celle, sourde et souterraine, qui grandit dans la tête de Donald n’est pas la moins inquiétante. « De ce jour-là, je ne me rappelle que des bribes. Je me rappelle surtout que ce fût le premier jour de ma vie qui se soit déroulé comme je voudrais que se déroulent tous les jours de ma vie » Est-ce la perspective du retour à la vie sociale et familiale qui effraie Donald ? Qu’a réveillé en lui le retour de sa fille ? « Maria est une fille forte. En tout cas, elle ne connaît pas l’angoisse des adultes qui vous broie la tête. L’angoisse d’une enfant est différente. Elle est facile à balayer ». Sur ce bateau, il est le père. Il est le capitaine. Il doit assurer. « Il faut que je me maîtrise. Que j’en finisse avec cette panique. Il s’agit de leur montrer qui je suis : le père ».

N’en disons pas plus au risque d’en dévoiler l’épilogue. Seulement pouvons nous dire que dans ce roman aussi puissant que troublant, Toine Heijmans nous embarque pour une traversée autant maritime que psychologique où les imprévus ne viennent pas forcément d’où l’on croit !

Traduit du néerlandais par Danielle Losman.

Christian Bourgois éditeur. En poche : 10/18

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