En cette rentrée littéraire, vous n’avez pu y échapper ! Il a été l’invité de toutes les émissions littéraires, il a participé à de nombreux salons de livre, le dernier Festival Paris en toutes Lettres lui a consacré une scène et, cerise sur le gâteau, il y a même eu un circuit sur les pas d’Ossiri, le héros de son roman. Ajoutez une reconnaissance des critiques, un succès de librairie et un bouche à oreille efficace de lecteurs euphoriques et vous avez une petite idée du phénomène Gauz. De son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé. Qui publie un roman, Debout-payé, aux éditions le Nouvel Attila. Mais est-ce vraiment une simple histoire de vigiles comme elle est communément rapportée ?

Les premiers échos entendus laissent pourtant peu de place au doute. Il s’agit d’un ancien vigile qui raconte souvenirs et anecdotes en n’omettant pas d’ajouter qu’il prenait des notes pendant son service faisant croire à son patron que c’était… pour mieux surveiller la clientèle ! À la Société des Gens de Lettres où étaient présentés les quatre nouveaux talents de la rentrée, Gauz, qui en faisait parti, répétait à l’envi les mêmes mots, les mêmes anecdotes. Il faut reconnaître qu’il était bien aidé en ça par les questions du libraire. Mais surprise, la lecture de l’extrait choisi et lu par l’auteur raconte rien moins que l’histoire de l’immigration africaine.

C’est tout à la fois. Des histoires de vie, histoires familiales avec Ossiri et Kassoum. Ils sont tous les deux fils de vigiles cooptés, par Ferdinand, l’interlocuteur incontournable et incontesté dans le milieu de la sécurité jusqu’au 11 septembre où là, le marché de la sécurité devient beaucoup trop « sensible » pour rester entre les mains des Ivoiriens. L’un est professeur, fils d’une famille revenue de France et pourtant il a une une furieuse envie d’aller voir le pays d’où viennent ses parents… L’autre a vu les horreurs du dessous du pont à Abidjan, dernière étape avant le départ pour la France… Tellement horrible qu’en comparaison les difficultés d’un sans-papier à Paris lui semblent presque douces. Une histoire de la filière migratoire depuis les années 1960, en passant par les foyers d’étudiants de la MECI, hauts lieux de foyers de contestation, fermés par Houphouët-Boigny qui craignait qu’une opposition s’y développe. Un panorama drôle, caustique et sans concession de la diaspora africaine. Un portrait non moins caustique et drôle de nos comportements dans une société de consommation où avoir plus à moindre prix est devenu le leitmotiv…

La lecture s’avère contrastée, complexe, dérangeante… et laisse une sérieuse impression de malaise. Le rire est parfois là. Mais il est jaune. Ce livre, comme un témoignage ? Une volonté de rendre visible les invisibles ? Un hommage rendu ? Ou bien un sourd règlement de compte qui nous laisse… KO debout !

Et comment occulter le rapport avec la colonisation ? Les colonisés d’hier protégeant les biens des anciens colonisateurs… Mais au final qu’est-ce que ce succès dit de nous ?

Debout-payé. De Gauz. Aux éditions Le Nouvel Attila.

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