Chroniques d’une branleuse qui ne parle que de travail, il faut le faire tout de même. Le titre est provocateur à souhait. Les chroniques tranquillement percutantes. Coups de gueules, vagues à l’âme, petits bonheurs, énervements, toutes ces chroniques racontent la vie qui va. Avec ou sans travail. En ce moment, c’est sans. Enfin, d’un certain point de vue !

« Le travail est un banquet joyeux et débonnaire. Ceux qui n’y sont pas conviés se partagent les restes. Le chômeur n’est pas un convive légitime. »

Avant, Anne David travaillait de longues journées et rentrait en RER à pas d’heure. Elle n’avait pas de temps pour elle mais un salaire. Demain, elle retravaillera, car «Elle n’est pas plus bête que tous les couillons qui travaillent, tu l’as déjà fait, tu le referas.» se dit-elle. Aujourd’hui, c’est le café du coin qui lui fait office de bureau. Depuis qu’il sait qu’elle est au chômage le serveur lui offre une guimauve avec son thé. Elle répond aux annonces qui demandent… personne dynamique plus plus pour optimiser plus plus et pour gagner moins moins. Elle se dit qu’il faudrait peut-être préciser qu’elle cherche un travail en vue d’être payée. Elle doit se préoccuper de ses dossiers d’indemnités qui tardent à venir, mais pas d’inquiétude «on suit son dossier». Pas rassurée pour autant. Elle évite d’importuner ses amis avec ses questionnements. Ils ont tendances à fuir. Le chômage ferait-il peur ? Elle travaille à ses projets. Même si ce n’est pas pareil, «Se lancer dans un banal projet quand on est actif, c’est être créatif; quand on est chômeur, c’est perdre son temps»

À travers ces chroniques, c’est la vie qui continue. Malgré tout. Les amours, les rencontres, la piscine, sa double vie sur le toit où elle n’y est pour personne, juste invisible… Dans les interstices surgissent questions et ébauches de réflexions. Les PDG cherchent-ils un travail ? Mais non bien sûr ils ont une fonction! Le travail, comme réussite sociale, comme épanouissement personnel, lui donner un sens…

Au final, une cinquantaine de chroniques frondeuses, éminemment politiques et infiniment vivantes, à l’humour ravageur. Une manière de tenir à distance une inquiétude sournoise.

Chroniques d’une branleuse. D’Anne David.

Avec une préface de Philippe Hauer.

Aux éditions Vanloo. 9€

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