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Poète, traducteur, essayiste, marcheur, écrivain et voyageur, Jacques Lacarrière a longtemps arpenté le monde en général, la Grèce en particulier et la France parfois. Auteur prolixe, il a notamment écrit Chemin faisant, En cheminant avec Hérodote... et, bien sûr, l’inoubliable Été grec.

Dix ans après sa mort paraît Ce bel et vivace aujourd’hui aux éditions Le passeur, présenté et dirigé par Sylvia Lipa-Lacarrière. Un recueil de chroniques pleines d’humour et de finesse qui révèlent une manière singulière de voir le monde tout en étant de plein pied dans la vie. 

Ce n’est pas la moindre des surprises de ces chroniques. Elles sont d’actualité. Parfois même d’une actualité brûlante. Jugez-en. Dans les années 90, Jacques Lacarrière parlait déjà des mères porteuses, en signalant malicieusement que la première mère porteuse s’appelait Marie, mère de Jésus. Il s’étonnait aussi de ces gens qui pleurent, rient… dans la rue, seulement rattachés à un Autre par la magie d’un téléphone portable et ignorant royalement les autres, ceux-là même qui l’entouraient. Mais il se rassurait, par une pirouette… malgré tout, ils ne pouvaient être en relation avec les anges. Il s’inquiétait encore, lui le grand voyageur, de constater que les voyages puissent devenir virtuels. Mais se proposait immédiatement d’écrire… un guide de voyage en pays virtuel. Histoire d’éviter aux touristes virtuels une rencontre malencontreuse avec un tigre, tout aussi virtuel !

Pour ce marcheur invétéré, tout était sujet à observation. À digression. Et à étonnement. Comme remonter la Seine de Bercy à la Défense, en passant par Beaugrenelle. Un véritable voyage dans le paysage urbain, sociologique, historique, poétique où toute question avait son importance. Comment les hommes peuvent-ils ne pas être écrasés par ces hautes tours, alors que jusque là, excepté les cathédrales, tout a été construit à hauteur d’homme ? Et puis, comment fait-on pour vivre au 40e étage ? Une passante le renseignera… surtout ne pas être amnésique ! Et oui, on pouvait craindre le vertige… mais il est vrai aussi qu’oublier l’essentiel, et devoir redescendre sur terre, c’est définitivement trop bête.

Des terrains de jeux de son enfance, l’aérodrome voisin ou le garage de son père, il avait gardé le goût des voitures et des avions. Comparant le Concorde à « un flamant géant, immaculé au bec mobile quand il décolle ». Racontant le TGV mais aussi la moissonneuse-batteuse ou l’aéronef. Convoquant pour ce faire, ses amis Ambroise Paré, Rétif de la Bretonne, Héraclite ou Félix le Chat. Que du beau monde !

Les livres, la Sorbonne, le théâtre étaient venus après. Il s’intéressera aux Égyptiens et à leur civilisation , aux Grecs, devenant un helléniste de réputation mondiale. Il tutoiera les anges. Questionnera inlassablement les mythes qui finiront par lui dire « au moins implicitement, que nous (les Hommes) sommes nécessaires au monde». Répit tout relatif et qu’on imagine bref.

Pour celui qui, jouer avec les mots ou bousculer les idées étaient aussi essentiel que respirer, pensait que « Le savoir n’est ni un devoir ni un droit mais un désir » et plaçait « La fête comme faisant partie de la vie et non pas des moments pour faire passer la pilule du morne quotidien ». Quel programme alléchant !

Ce bel et vivace aujourd’hui de Jacques Lacarrière. Dans la collection Chemins d’étoiles. Aux éditions Le Passeur. 21€.

Jacques Lacarrière (1925- 2005), écrivain, poète, essayiste et helléniste de renommée mondiale, est l’auteur, entre autres, de L’été grec, Les hommes ivres de Dieu, Chemin faisant et Sourates Il a reçu le Grand Prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.

 

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