Il s’est fait connaître des lecteurs de la Série Noire avec la Saga Maorie, mais c’est Zulu, en 2008, qui lui vaudra succès des lecteurs, reconnaissance des critiques et une pluie de prix. Aujourd’hui, nous rencontrons Caryl Férey pour la sortie de sa première bande dessinée, Maori. Image éclatée d’un auteur prolifique, à la parole passionnée.

Un look d’ado conservé, un large sourire, des yeux… disons brillants. Une élégance étudiée comme un compromis acceptable, une boucle d’oreille comme ultime résistance. À la fois timide et volubile, il a la parole généreuse et est maintenant bien rodé à l’exercice de l’interview. D’ailleurs, si il parle vite, c’est uniquement parce que dans les médias il faut parler très vite au risque d’être interrompu. Mais pas sûr qu’il n’avait pas déjà une petite prédisposition.

Dans le paysage du polar français, Caryl Férey occupe une place bien particulière. Ses romans racontent des peuples autochtones confrontés à une immigration venue d’Europe qui a totalement transformé leur vie. Et c’est peu dire. Des enquêtes fouillées qui s’apparentent à un travail journalistique et qui en font des livres tellement «vrais» que l’on pense à un auteur du cru. Son prénom n’y est pas pour rien. Mais bon à l’évidence, il ne peut pas être né à la fois à Wellington, au Cap et à Buenos Aires. Donc, il écrit en français, est un peu breton et, petit, aurait préféré s’appeler Bernard.

Parlons BD. De bonne grâce, il se met en mode Maori… en effet il y a quelque temps déjà qu’il a écrit le scénario, il a fait beaucoup d’autres choses depuis et a oublié un peu. Donc une BD ? Une expérience qu’il voulait faire depuis longtemps. L’occasion s’est présentée en la personne d’Audrey, éditrice chez Ankama qui dirige la collection Hostile Holster. Pour Caryl Férey Maori est une BD éminemment politique. On est en 2018 et le monde est dans l’état de la Grèce d’aujourd’hui. Il a choisi la Nouvelle Zélande même si il n’y est pas retourné récemment, mais ça lui a plu de retrouver les Maoris. Le capitalisme, on n’a pas réussi. Alors il va bien falloir écouter les autochtones ils ont aussi quelque chose à nous dire. Et puis l’idée d’une BD, c’est un rêve de petit garçon. Avec des indiens et des cow-boys. Blue Berry n’est pas bien loin. Il ajoute, petit je dessinais et puis j’ai écrit… Je suis un manuel après tout.

Pour un auteur rompu aux dialogues, la BD lui a semblé un exercice aisé et rapide. Giuseppe Camuncoli, dessinateur italien qui travaille entre autres pour les éditeurs de comics Marvel et DC s’est collé aux dessins. Ils ont fait connaissance et travaillé par mail, ne se sont pas rencontrés ni n’ont pris de cuite ensemble. Condition sine qua non pour bien se connaître. Accessoirement parole de breton !

Mais concrètement, comment décrire une plage ? Rien de plus facile à l’heure d’Internet. Mais comment faire passer l’expression d’un visage, l’atmosphère d’une scène ?… Plus subtil ! Toute la difficulté et l’enjeu étant de faire coïncider deux univers d’auteurs, deux modes d’expression différents et de préserver la liberté de création de chacun. Et de raconter le quiproquo de la balle, tout de même. Dessiner une balle… Rien de bien compliqué encore faut-il ne pas se tromper de balle ! Pour le pistolet ou pour le chat ?

Une pirouette. Demain ? Il sourit. Le film Zulu, tiré du livre du même nom sort en décembre. Il travaille activement sur son prochain livre prévu en 2015. Et… en cette fin d’année, tout sourit à Caryl Férey.

Maori. T.1 : La voie humaine. Dans la collection Hostile Holster chez Ankama. Le tome 2 est prévu en mars 2014.

 

 


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