Senegal : Talibé: Education ou Exploitation
Les premiers pas en Afrique sont souvent déroutants. Au Sénégal, on parle Wolof mais surtout Français, les taxis brousse sont des Peugeot, les logos de banque,de stations services, de boissons sucrés, en passant par les enseignes de magasins nous sont familiers. Jusqu’aux parfums et accessoires de « grande marques » vendu sous le manteau aux abords de la place du palais présidentiel… Hommes en costume, jeunes femmes habillées à l’européenne. La chaleur vous rappelle que vous êtes à Dakar et en bon touriste vous commencer à arpenter les différentes artères de la capitale sénégalaise. Abdou nous a accueilli la veille, il nous parle de sa ville. En parfait guide ils nous traîne dans les plus beaux quartiers, sur le Plateau, Boulevard de la république, avenue G. POMPIDOU, vestiges coloniaux, bâtiments administratifs à l’abandon, magnifique gare de style art déco totalement désertée, le trafic se résume à deux trains par semaine pour Bamako au Mali.,un conseil, privilégiez les taxis brousses pour vos déplacements. Des enfants sales, en guenilles délabrées munis d’une vieille boite de conserve vous tendent un morceau de sucre en vous réclamant quelques Francs C.F.A. Le sourire des vendeurs, des taxis, les éclats de rire, de voix rythment la vie des rues de dakar. Un café touba au marché, l’ambiance diffère, un peu plus populaire mais toujours ce ton jovial des camelots vendant des fripes à bas prix, et toujours cette sensation de déjà vue sur les étals…
Abdou nous « apprend » à prendre un taxi, direction la maison de famille pour déguster le Tiebou Dienne. Le trajet, les quartiers traversés nous livrent un pan de l’histoire de dakar. Sa mère nous accueille chaleureusement ,dans une grande demeure située dans les faubourgs de la ville, construction récente adjacent des baraques en tôle. Elle nous convie à l’étage, deux jeunes filles d’à peine 14 ans s’affairent à dresser la table à même le sol. Abdou nous explique qu’elles viennent d’un village environnant travailler comme personnel de maison. Notre pâleur toute occidentale amène une des servantes à nous proposer des couverts pour déguster le plat, nous y renonçons. Les traditions qu’elles soient culinaires, religieuses ou culturelles sont très encrées au Sénégal et c’est avec plaisir que nous y goûtons enfin.
L’après midi touche à sa fin, un jus de fruit frais sur la terrasse du toit, vue magnifique de Dakar et des environs.
Les enfants sortent de l’école, des cris de joie, montent de la rue comme à toute sortie de classe. Coté cours, c’est silencieux juste un bruit de gamelle. En me penchant je vois quatre garçons d’une dizaine d’année se partageant les restes de notre plat… Entassé dans à peine cinq mètres carrés, sous une bâche déchirée, leurs huit mains sales passent du « plat » à leur visage morveux faisant disparaître les grains de riz restant à toute vitesse...
-Qui sont ces enfants, Abdou?
- Des talibés, ils habitent là avec le marabout qui s’occupe de leur éducation et leur apprend le coran. Eux n’ont pas la chance d’aller à l’écoles coranique comme celle d’en face. C’est payant et la plupart des familles n’ont pas les moyens, elles les confient à un marabout. Ils mendient toute la journée pour lui et doivent trouver de quoi se nourrir, ma mère leur donne de temps en temps les restes d’un repas.
Sans remettre en cause le rôle social et culturel des marabouts, cet aspect traditionnel de l’éducation des jeunes garçons et particulièrement leur conditions de vie interpelle.
Quelques chiffres pour résumer la situation endémique de ce phénomène dans la seule ville de Dakar. En 1977 un recensement effectué par le secrétariat à la promotion humaine,(organisme attaché au ministère de la jeunesse sénégalais), indiquait que 6300 talibés de 6 à 14 ans mendiaient dans les rues, en 1991 le gouvernement en dénombraient 90 000 dont certains âgés seulement de 3 ans ... Difficile à ce jour de trouver un chiffre plus précis, environ 300 000 selon l’O.N.G, TOSTAN.
Un Talibé, avant d’être un mendiant, est un élève étudiant le Coran, si la cause est noble et les vertus d’enseignement tout à fait louable, il semble néanmoins que l’exploitation qui en est faite par certains marabout le soit moins. Traditionnellement les garçons sont confiés à des familles d’accueil, marabout ou école coranique ils sont soumis pendant une dizaine d’année à une vie humble, ascétique, se consacrent à la recherche de nourriture, à divers corvées et reçoivent l’enseignement du coran. La partie intégrante de cette éducation devant leur permettre d’appréhender les difficultés de la vie. Si les marabouts au Sénégal sont éminemment respectés, de par leur connaissance du Coran et leur rôle dans son enseignement, il le sont moins de plusieurs O.N.G dont TOSTAN, organisation américaine, le SAMU social, Child safe pour ne citer qu’elles. Elles se penchent sur la problématique depuis 1994, mais affrontent des réticences culturelles, économiques et gouvernementales.
Les difficultés économiques du pays n’arrangent en effet rien à la situation. Des familles confient volontiers leurs enfants à des personnes peu scrupuleuses se prétendant marabout, sans être informées de leur condition de vie, de l‘éducation qui leur sera donné, ni même du temps qui sera consacré à celle ci. En effet aucun critère ne définit le marabout officiellement, tant d’un point de vue pédagogique que sur leur capacité à accueillir décemment les enfants. Ce qui semblerait être un minimum, n’est jamais évoqué et encore moins régulé par l’état. Sachant que la plupart mendient 10 heures par jours et subissent sévices, corvée et même pire s’il ne rapportent les 350 Francs CFA minimum. Certains préférant même ne pas rentrer ces jours là.
Les actions gouvernementales existent mais bien qu’une loi fût voté en 2005, interdisant l’exploitation des enfants à des fins de mendicité, celle-ci n’est toujours pas appliqué. L’état se heurte au pouvoir des marabouts et craint d’aller à l’encontre des traditions culturelles et sociales qu’elles soient religieuse ou non. Ce qui ne facilite pas la tâche des différentes organisations.
Une journée nationale est consacrée au Talibé sous l’égide de L’UNICEF et les actions sont de plus en plus relayées. Mais encore trop souvent pour ne pas dire généralement ce passage incontournable dans la vie des garçons participerait donc à leur éducation mais surtout à l’enrichissement de certains marabouts pour ce que l’ on appelle désormais le marché de l’ aumône.
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